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LE RESEAU DE LA COUZE
(CORREZE)
(article paru dans la revue Spelunca n°8
octobre-décembre 1982)
A l’heure actuelle, le réseau de la Couze est connu sur
plus de 15 km et permet une meilleure compréhension hydrogéologique du Nord du
Causse de Martel.
SITUATION GÉOGRAPHIQUE
| Le réseau de la
Couze se développe à l’extrême Sud du département de la Corrèze, aux
limites du Lot et de la Dordogne, dans la partie Nord du Causse de
Martel. Ce dernier est une étendue
calcaire d’une superficie de 500 km? environ et d’une altitude moyenne
de 300m, celle des cours d’eau qui le bordent étant de 100 à 150m. Sa
surface, accidentée par de nombreuses dolines et vallées sèches, ne
présente aucun écoulement d’eau important. Toutefois, des résurgences à
fort débit et situées le plus souvent au fond de reculées, existent à la
périphérie. On peut citer : - à l'Est et au Sud-Est, Cacrey (Lot), l’Oeil de la
Doux (Lot), et la Fontaine de Briance (Lot);
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SITUATION GÉOLOGIQUE
Le Causse de Martel s’étend en bordure Nord-Est du Bassin
Aquitain. Les calcaires qui le composent, d’âge Jurassique Moyen (Aalénien à
Bathonien), sont épais de plusieurs centaines de mètres. Les couches plongent
régionalement vers le Sud-Ouest; aussi, les marnes sous-jacentes du Lias
apparaissent à l’Est, et les formations sus-jacentes, non ou faiblement
karstiques du Jurassique Supérieur et du Crétacé apparaissent à l'Ouest, le tout
limitant latéralement le Causse de Martel.
Une faille de direction NW-SE, dite de «Condat-Meyssac», la
limite au Nord en mettant en contact les calcaires avec les grès
Permo-triasiques et les marnes du Lias. Un second accident Nord-Sud, la faille
de «Chasteaux», le sépare en deux compartiments, créant une dépression marneuse
qui s’enfonce dans le plateau.
La conjonction de ces deux accidents «en croix» a donné
naissance à une fracturation intense, ainsi qu’à un faible synclinal de
direction NW-SE situé dans le quadrant Sud-Est de la «croix».
La résurgence du système karstique dont fait partie le
réseau Couze se place presque à l’intersection des deux accidents et au creux du
synclinal. Les eaux s’écoulant sur les terrains imperméables (ou peu perméables)
au Nord de la faille «Condat-Meyssac» se perdent le long de celle-ci et vont
alimenter le karst. La perte de la Couze, l’une des entrées du réseau Couze, est
le point d’absorption le plus important.
Sur le plateau, la présence de placages de sables et
d’argiles du Tertiaire (sidérolithique) concentre l’eau dans les points bas,
favorisant ainsi la création de nombreux effondrements (ponors) où l’eau se
perd.
EXPLORATIONS RÉCENTES
En mars-avril 1976, un groupe de jeunes du G.S. Corrèze
(Brive) s’acharne à progresser dans un boyau exigu : l’Évent des Jonquilles.
Après un mois d’efforts, la première rivière souterraine corrézienne est
découverte. Le développement de l’évent atteint d’emblée 2500m.
Août 1976: les plongeurs prennent l’initiative d’explorer
la résurgence du Blagour. Triste résurgence ! puisqu’en 1970 deux plongeurs non
spéléologues avaient tenté d’en vaincre le siphon d’entrée; Guy Pottier y avait
laissé la vie. Ses restes furent retrouvés en 1976. Il sera plus agréable, dans
les semaines qui suivront, de franchir six siphons et de parcourir 2000m de
galerie. Une preuve est faite : le Blagour n’est pas «entièrement noyé». Et au
bout, ça continue. De tels résultats surprennent, et les recherches
s’amplifient. Les deux clubs du département, le S.C. Tulle et le G.S. Corrèze,
vont désormais associer leurs efforts.
En août 1977, le Blagour reçoit une nouvelle visite qui
permet d’en augmenter le développé. La galerie continue toujours. Au même
moment, plusieurs passages latéraux sont parcourus dans l’Évent des Jonquilles.
L’un d’entre eux débouche sur une partie aval de la rivière, comprise entre deux
siphons.
Fin août et début septembre 1977, après plusieurs échecs,
les plongeurs brivistes pénètrent enfin dans la perte de la Couze qui semble
constituer le point le plus en amont du réseau. Une longue et pénible
désobstruction ouvrira une entrée fossile en octobre. Trois kilomètres environ
de galeries seront explorés. Le 11 novembre, une jonction par plongée est
réalisée avec l’aval de l’Évent des Jonquilles. A ce moment-là, l’ensemble
Couze-Jonquilles totalise près de 10 km; mais la jonction avec le Blagour, mise
en évidence par un traçage le 26 mars 1977, n’est toujours pas effectuée.
Au cours du mois d'août 1978, un camp est organisé à la
perte de la Couze dans le but d’en topographier la majeure partie. Il devient en
effet urgent de comprendre quelque chose à cette cavité étrange et
labyrinthique, qui devrait filer droit vers le Blagour et ne le rencontre pas !
En fait, la topographie montrera que le siphon terminal de
la «Galerie Métrique» est très proche de la surface, non loin de l’évent
d’Entrecor (impénétrable). Ce siphon sera d’ailleurs vainement plongé en
novembre 1978. Même de nos jours (1982), la «Galerie Métrique» et l’évent
d’Entrecor restent un mystère; on ne sait toujours pas comment ils fonctionnent,
hydrogéologiquement parlant.
En 1979, les plongeurs, entrés par la perte de la Couze,
passent dans l’Évent des Jonquilles et remontent la rivière jusqu’à son extrême
amont. La jonction «aquatique» entre partie amont et partie aval de la rivière
des Jonquilles est ainsi réalisée. De plus, 2100m supplémentaires seront
explorés au-delà du siphon terminal amont. Douze siphons auront été franchis
depuis la perte de la Couze.
L’année 1980 voit la découverte d’une importante galerie à
proximité de la perte active grâce à la plongée d’une ancienne dérivation
(considérée jusqu’alors comme un affluent temporaire de peu d’intérêt). Le levé
topographique permettra l’ouverture d’une nouvelle entrée : le Gouffre du
Briant. La jonction avec le Blagour revient à l’ordre du jour.
C’est pourquoi, en 1981, les plongeurs retournent au
Blagour, bien décidés à ne pas faire demi-tour sans rencontrer d’obstacle. Cette
fois-ci, une barrière de calcite les arrête, et une liaison à la voix a lieu
avec des spéléos entrés par le gouffre du Briant. Désobstruction en cours.
DESCRIPTION
D'une manière générale, et pour en faciliter la
compréhension, on sépare le
1) L’Évent des Jonquilles, dont l'entrée
est peu engageante, débute par un ramping long de 200m. On y traverse
successivement la Mare-Baque, les Chicanes, le Goulet du Vent, l’Entresol, le
Frottement Dur. Le décor est planté ! Puis le plafond se relève et l’on se
retrouve sans trop y croire, dans une spacieuse galerie concrétionnée qui
s’étire sur 1200m, et où la progression n’est ralentie que par quelques ressauts
et quelques gours profonds. Peu après la salle de la Dalle en Pente (sable,
strates éboulées), la Grande Galerie Fossile s’achève sur un ressaut de 5m au
pied duquel coule la Rivière des Jonquilles.
- Vers l’amont, au Sud, on progresse en opposition
au-dessus de bassins profonds et de cascatelles. La galerie mesure ici une
dizaine de mètres de hauteur. Puis, progressivement, la voûte s’abaisse et les
parois s’écartent pour former la galerie du RER, vaste tube elliptique (section
10 x 4m) où la rivière serpente entre deux banquettes rocheuses. Après 1000m de
cheminement, on rencontre le siphon amont.
Celui-ci, long de 105m, précède quatre autres courts
siphons. Un total de 250m de galerie exondée s’intercale entre ces cinq siphons.
Au-delà, ce sont 700m de galerie principale et 900m d’affluent concrétionné qui
seront parcourus. Peu avant le S105, l’affluent des Trois Siphonnés propose ses
300m de galerie exigüe, agrémentés de sable et de voûtes mouillantes.
- En aval du R5, après un bref parcours, la rivière se perd
dans un siphon (S20). On peut la rejoindre au-delà par plusieurs puits, dont un
P8, situés juste après la salle de la Dalle en Pente, dans la Grande Galerie
Fossile. On se retrouve alors entre deux siphons : le S20 précédent, et le S23,
dans lequel la rivière s’engouffre après une chute de 4m (puits de la Douche).
Presque à l’aplomb du P8, la Galerie des Merveilles, fossile et concrétionnée,
prend naissance. Elle se termine par un puits, regard sur la rivière
siphonnante. En paroi Est, quelques boyaux relient galerie des Merveilles et
puits de la Douche.
- Revenons à 650 m de l’entrée, dans la Grande Galerie
Fossile où une strate dissimule un P10 étroit : le puits des Tullistes. Il donne
accès à la galerie des Tullistes (ramping), laquelle débouche en plafond de la
rivière des Jonquilles, en aval du S37. 900m de galerie supplémentaire peuvent
être visités. L’eau est ici profonde et rapide, nécessitant l'emploi des canots
pneumatiques. De nombreux passages débouchent dans les plafonds, constituant un
étage fossile qu’il est conseillé d’emprunter dans l’extrême aval. On évite
ainsi des zones de courant rapide et, à la faveur d’une fracture rectiligne sur
près de 100m, on «coupe» littéralement au travers du siphon de la Jonction par
lequel l’eau quitte l’Évent des Jonquilles. Enfin, si la saison s’y prête, la
grande fracture se prolonge par la galerie du C.D.S., située sous le niveau du
siphon, et complètement noyée la plupart du temps. Si le siphon est bas, un
mince barrage naturel de cailloutis bloque l’eau et la galerie du C.D.S. se
vide. C’est un endroit où il est raisonnable d’être inquiet.
2) La perte active de la Couze n’offre que
60m de galerie exondée. Le siphon de 25m qui fait suite est alimenté côté aval
par un important affluent pérenne. Ainsi, même lorsque la Couze est à sec, le
S25 reste amorcé et le réseau reste actif.
La perte fossile permet de shunter le
siphon d’entrée au prix d’un ramping de 30m dans la boue et l’eau. La Couze
souterraine coule dans une galerie plus haute que large (5 X 3m). À 200m de
l’entrée, à droite, débouche la galerie des Jeunes qui, après passage de trois
courts siphons, a permis la découverte du gouffre du Briant.
A 800m de l’entrée, la rivière quitte la galerie principale
pour s’engager en cascadant ,dans un passage surbaissé s’achevant par un siphon
étroit (Sc). La progression se poursuit alors au sec dans la galerie semi-active
(sauf en période de crue).
Peu après avoir laissé à main droite le départ du Fakir,
innommable passage bas de plafond et corrodé, de 600m de long, la topographie
des lieux se complique :
- Une grande fracture apparaît, dans laquelle se jette un
cours d’eau coulant en sens inverse de la Couze, et qui emprunte un boyau étroit
avant de siphonner (siphon Sj). On vient de retrouver la rivière des Jonquilles
qui peut être remontée jusqu’à l’aval du siphon de la Jonction.
- Juste avant ce dernier, deux galeries se dirigent vers le
nord. Elles donnent accès à un labyrinthe complexe et très corrodé qui finit par
rejoindre le Fakir en son milieu. Si l’on n’a pas trop tourné en rond, on vient
d'économiser 200m de ramping éprouvant.
- Le Fakir débouche en plafond de la Grande Galerie. Vers
l’est, elle se ramifie en de nombreux passages, tous plus étroits les uns que
les autres, et dont l'exploration n’est pas encore achevée. Vers l’ouest, c’est
le domaine des marmites remplies d’eau, de l’argile et du sable (200m), de la
marche sans obstacle (500m), des voûtes mouillantes (3). A partir de là, il faut
se baisser : le laminoir (250m) et la galerie Métrique (500m) n’autorisent que
rarement la station debout. Vue sur le siphon terminal... Et retour.
Vers le Sud, la Grande Galerie offre quelques départs : l’un d’eux assez long et aquatique, les autres boueux.
3) Le gouffre du Briant. Cette «entrée sur
le Blagour», longtemps cherchée, s’ouvre là où peu de gens l’attendaient : à
proximité immédiate des pertes. Un court passage conduit au sommet d’un puits de
10m. Sa base débouche dans la plus importante galerie connue du réseau Couze :
voûte en demi-ellipse de 4m de haut pour 15 de large, sol horizontal recouvert
uniformément d’argile, quelques concrétions et un petit chenal amenant un maigre
ruisseau jusqu’au lac de 100m de long et 1,50m de profondeur. La traversée de ce
lac, dont le fond est constitué d’argile mouvante, conduit à un barrage
stalagmitique de 6m de haut. La galerie devient maintenant plus étroite (5m) et
plus haute (15 à 20m). Elle accueille en paroi gauche la galerie des Jeunes, et
se termine par un siphon qu’un passage supérieur n’a pas encore permis de
shunter.
L'envers du décor est toutefois connu, mais des plongeurs
seuls : il s’agit du Blagour de Chasteaux.
Il s’ouvre par une vasque d’environ 5m de diamètre. Le
conduit débute à -6m, encombré d’une pente de galets roulés jusqu’à -12m. Puis,
une remontée progressive mène à la sortie du siphon. Long de 115m, il est
prolongé par 200m de galerie où l’eau ne circule pas malgré des mises en charge
constatées de 4m lors des crues. La totalité du débit normal passe ici en
sous-écoulement. Puis on trouve une série de 5 siphons séparés par de courtes
portions exondées. Seuls les siphons 4 et 5 sont distants de 250m que l’on
parcourt à pied sec (sous-écoulement là aussi).
Au-delà du sixième siphon, une importante diaclase large de
2m à sa base, haute de 10 à 15m, se poursuit sur 800m. Son plafond est creusé
aux dépens d’un joint de stratification sur 7 à 8m de large. La rivière coule «à
pleins bords» entre deux parois corrodées où la progression est difficile en
raison du courant, de la présence de nombreuses lames d’érosion et de quelques
cascades. Une galerie plus large (5m) et plus basse (3m) se développe ensuite
sur 400m au terme desquels on rencontre une bifurcation.
- La rivière provient d’une branche courte (40m), achevée
par un siphon, plongé sur 100m (non terminé). Son amont ne peut être que la zone
de convergence des eaux issues de la Couze souterraine et de la rivière des
Jonquilles.
- Une galerie fossile, bien que parcourue par un petit
ruisseau, peut être suivie sur 1200m jusqu’à l’aval du siphon terminal du
gouffre du Briant. L'eau passe sous une coulée stalagmitique qui obstrue
complètement la passage.

TOPOGRAPHIE
Le plan du réseau fourni en annexe est une réduction de la
topographie inédite établie au 1/1000°. Près de 9km sont topographiés, le
chiffre exact n’ayant que peu d’importance puisque provisoire: d’une part il
reste des galeries à topographier ; d’autre part, les nombreuses boucles de
cheminement vont conduire à un ajustement final du réseau qui modifiera
certaines longueurs.
Notre conception de la topographie privilégie deux points
essentiels :
-représenter au mieux toute forme de galerie ou de salle,
ainsi que leur «contenu». Pour ce faire, nous utilisons une gamme de signes
conventionnels qui ne sont pas toujours en accord avec ceux de l’U.L.S. où le
manque d’un signe de représentation des surplombs (paroi surplombante; puits
surplombant … ) se fait surtout sentir.
-attribuer à tout point topographique une cote de précision non fantaisiste, ce qui implique pas mal de choses, et tout d’abord la connaissance des erreurs moyenne-quadratiques des instruments de mesure, utilisés dans les conditions de la topographie souterraine. Ensuite, les calculs d’erreurs étant assez long, il est indispensable d’utiliser une calculatrice
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